Hippocrate : vous avez vu le film ?

Benjamin a 23 ans et il va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais son stage d’internat dans le service de son père se révèle plus rude que prévu. Responsabilité écrasante, co-interne hautain et plus expérimenté que lui, confrontation à la mort, la liste des galères est longue et altère son assurance de jeune premier.

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Le film Hippocrate est d’un genre particulier, oscillant entre fiction et documentaire, le réalisateur étant lui-même médecin. On sent le vécu.

Au travers du personnage de Benjamin, on découvre l’envers du décor du monde de l’hôpital, bien loin des clichés des séries américaines.

On prend conscience d’abord de l’énorme responsabilité du corps médical, il y a des vies en jeux mais pas seulement, il y a aussi une responsabilité financière, administrative. Il faut libérer des lits rapidement pour que d’autres puissent avoir une place. L’hôpital reste soumis à des impératifs de rentabilité. Et ces impératifs impliquent restrictions budgétaires et humaines dénoncées, parfois de manière un peu trop insistante, par le réalisateur.

On découvre aussi le statut des médecins étrangers déjà diplômés dans leur pays d’origine, mais condamnés à valider l’internat pour avoir leur diplôme français, tout en étant mal payés et déconsidérés.

Le film Hippocrate aborde des thématiques plus sensibles, celle de la fin de vie notamment. Une des patientes du service est âgée, en phase terminale de cancer. Et malgré l’évidente prise de position du réalisateur – en faveur de l’arrêt des soins – on sent les médecins divisés, déchirés entre continuer les soins ou juste de soulager la douleur. L’équipe venue réanimer la patiente explique qu’elle n’a fait que son travail, ce pour quoi est fait un médecin réanimateur : réanimer son patient, le maintenir en vie. Mais pour l’interne en charge, ce n’est pas la seule fonction du médecin. Il est aussi là pour écouter son patient et l’accompagner dans ses dernières volontés. Et le spectateur sent le dilemme : faut-il soigner, réanimer pour « maintenir en vie » ? On réalise mieux combien la limite peut être ténue entre acharnement thérapeutique et soins.

hippocrate-film-3Et puis ce film dépeint surtout le quotidien des internes, un quotidien difficile et parfois douloureux. On perçoit la pression énorme qu’ils subissent, leurs horaires difficiles avec des gardes régulières et longues. Hippocrate nous rappelle qu’ils restent des êtres humains avec leurs faiblesses et leurs limites, leurs doutes.

Alors, même si on peut regretter l’happy-end qui contraste trop avec l’ambiance générale du film, on peut que recommander Hippocrate pour entrevoir un peu plus la réalité de l’hôpital d’aujourd’hui.

LN-PinazoHélène Pinazo

Publié sur le site www.blog.jeunes-cathos.fr